jeudi 12 décembre 2019
Artem la revue

Marcos Lozano Merchan, artiste peintre.

« Mon œuvre est située toujours en confrontation d’une expérience de la Beauté d’une manière tragique, en conscience du fait que notre existence se débat sans cesse entre une débordante allégresse de nous savoir existants, et une profonde angoisse face à la réalité de la mort. La mort… bien sûr qu’elle a une réponse! Toujours est née dans le cœur des hommes la certitude d’une vie future éternelle que la postmodernité et ses va-et-vient nous veulent enlever avec violence. J’essaie seulement de la présenter, non pas de l’imposer ni l’expliquer ; que comme toutes les choses importantes de la vie, cela est inexplicable d’un point de vue strictement rationaliste, quoique non sur un plan rationnel. »

Site web de l’artiste installé au Pradet

Face à l’amertume, Marcos peint la certitude d’une vie éternelle, pour aujourd’hui.  Un « aujourd’hui » où la mort, si elle est bien présente, n’a déjà plus de prise sur l’Homme. Son œuvre Sans titre, qui représente une femme, coiffée d’un chignon complexe qui dévoile une longue nuque sensuelle, dit assez que la beauté peut nous faire goûter cette vie éternelle malgré la présence de la mort. La jeune femme est placée de dos, le visage caché par une poutre verticale qui peut évoquer la croix sur le Golgotha. Cette femme, c’est Marie-Madeleine au pied du Seigneur mourant qui la rachète au prix de son sang et qui la transfigure. Mais cette croix, c’est aussi ce qui nous fait souffrir chaque jour, ce qui nous empêche d’être heureux, d’être en communion avec les autres. Cette femme au pied de la croix est en réalité chacun de nous.

C’est le sens aussi d’un merveilleux petit tableau, presque carré, une sorte d’icône, intitulée : « donde te escondiste amado » qu’on pourrait traduire par « Où t’es-tu cachée mon aimée ? ». Le beau visage de la jeune femme peinte avec minutie a été mutilé, coupé en deux par des coups de ciseau du sculpteur. On pourrait y voir dans un désolant contresens une volonté de profaner la beauté du modèle. Au contraire, chez Marcos Lozano, la chair dans une conception paulinienne ne fait qu’un avec l’esprit. L’attaque du bois du tableau, du visage peint, laisse apparaitre la matière brute, épiphanie de la vraie beauté derrière des apparences trompeuses, aussi séduisantes soient-elles. La beauté de la femme est alors libérée des contingences éphémères. Le temps n’a plus de prise sur la dégradation du corps. Seule demeure une beauté éternelle, une beauté transfigurée.

On pourrait multiplier les exemples en piochant au hasard dans l’œuvre de Marcos. Ainsi Self-portrait, représente le visage de l’artiste, peint avec minutie dans son atelier, le front troué laissant apparaitre les viscères du panneau de bois. Il ne s’agit pas d’automutilation, de destruction de l’œuvre dans une démarche dadaïste de faire table rase du passé. Tout au contraire, il s’agit de crucifier une raison étriquée qui interdit de voir l’essentiel – toujours invisible – et de faire apparaitre à la lumière une vérité bien plus grande et bien plus belle que tout ce que nous pouvons imaginer

On peut dire que d’une certaine manière la démarche artistique de Marcos Lozano est de peindre et de sculpter comme on prie. L’artiste questionne sa création, s’interroge sur ce qu’est être un artiste dans un monde sécularisé qui s’est coupé de la source même de la création et dans un milieu artistique qui a renoncé à annoncer la Vérité à travers la beauté de l’œuvre d’art, médium d’un discours universel capable de parler à tous les hommes.

Pascale Martinez, historienne de l’art

LA BEAUTE DONNE DE L’ENTHOUSIASME AU TRAVAIL, LE TRAVAIL RECONSTRUIT.
Cyprian Norwid_

Mon œuvre est située toujours en confrontation d’une expérience de la Beauté d’une manière tragique, en conscience du fait que notre existence se débat sans cesse entre une débordante allégresse de nous savoir existants, et une profonde angoisse face à la réalité de la mort. La mort… bien sûr qu’elle a une réponse!

Toujours est née dans le cœur des hommes la certitude d’une vie future éternelle que la postmodernité et ses va-et-vient nous veulent enlever avec violence. J’essaie seulement de la présenter, non pas de l’imposer ni l’expliquer; que comme toutes les choses importantes de la vie, cela est inexplicable d’un point de vue strictement rationaliste, quoique non sur un plan rationnel.

La Beauté est en relation avec le Mystère, l’Arcane suprême et connaissable (bien qu’impossible à abaisser à une preuve scientifique) des choses existantes. Avec nos incompréhensions maladies et limites, l’homme par-dessus toute créature peut entrer en contact avec ce Mystère archaïque.

Le monde post-moderne a pour un de ses objectifs de déraciner l’homme du Mystère ―et pour autant de ces souffrances qui nous le dévoilent―, et de le canaliser vers une technification et une réduction de la réalité à la simple matière, et tout cela non par malice, mais bien par peur de l’inconnu, de ce qui va au-delà de nos petites intelligences.

De cette manière, l’homme post-moderne est condamné à se regarder soi-même, son propre bien-être; il ne peut sortir de son égoïsme, de ses masturbations, de sa fadeur devant un monde plat et réductionniste; les familles ne peuvent se conserver unies étant donné que seuls comptent la matière et le bien-être ; pour, au final, se trouver être seuls face au paradoxe de fuir la souffrance et de se la retrouver redoublée.

Le problème est que sans Mystère, l’art trouve peu de place en notre pensée collective comme peuple, du moment que l’art marque comme une priorité de donner réponse à des questions qui débordent d’autres domaines. Ainsi, l’art s’est converti de nos jours en une grossière caricature de ce qu’elle fut en d’autres temps, s’appuyant continuellement sur la dérision et le dénigrement, ou sur le comique des choses, tournant normalement autour d’elle-même, répondant  continûment [incessamment] de manière égocentrique à la question de ce qu’est l’art, et ne se projetant point en-dehors ―ce qui est sa vocation première; admettant que si une chose a pour fonction première de justifier ce qu’elle est, nous pourrons dire qu’elle n’a pas de fonction.

Le trouble de base de grande partie de de l’art régnant dans le marché est dû au fait qu’il s’appuie (inconsciemment) sur l’existentialisme athée. En 1946 ; Sartre nous demande une foi aveugle pour croire que l’existence est préexistante à l’essence, c’est-à-dire que les choses se construisent d’elles-mêmes avec leur propre existence (le dernier délire : Le Constructivisme). Nous dirons alors qu’un chien ne naît pas chien, mais que son comportement et ses actes le rendent [font de lui] ce que nous appellerions un chien, mais qu’en fait l’idée préexistante de chien n’existe pas. Si nous l’appliquons à l’art, ce n’est pas licite que quiconque dise ce que c’est que l’art et agisse de conséquence (comme la logique nous le demande), mais que les “artistes” vomissent la première chose qui leur parvient au pharynx, et une fois expulsé ils laissent que leur propre vomi “prenne la forme” d’une œuvre d’art (tout ceci arrosé avec de magnifiques discours).

« Face à cette amertume que nous laisse le fait de nous savoir sans une fin précise vers laquelle nous acheminer, je présente humblement une contribution pour trouver le sens ultime des choses. »      Marcos

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